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Conseil national du 10 octobre 2026
Intervention de Denis Durand

La mobilisation de la jeunesse, avec sa lucidité, peut être, si elle se poursuit et s’étend, l’événement déclencheur pour nous permettre de sortir de l’impasse politique.
Les lycéens réclament des moyens et ce faisant ils se heurtent directement au capital. Et le capital répond avec ses deux bras armés : le marché (les taux d’intérêt à 5%, etc.), et l’État avec la répression et les ambitions politiques de la droite et de l’extrême droite qui mènent un effort énorme de mise en condition de l’opinion pour imposer une super austérité et aggraver encore la situation du pays.
La gauche, globalement, reste dominée – même s’il y a des « bougés » – par deux tentations.
La première, c’est d’être de « bons élèves », de faire mieux que la droite pour réduire les déficits. Mais si on prend toutes les dépenses nécessaires pour réaliser un programme de gauche, et si on empile en face toutes les recettes fiscales imaginables – taxe Zucman etc. – y compris les 60 milliards de prélèvements sur les revenus financiers des entreprises que nous proposons, il manque 100 milliards. Donc, il ne suffit pas de répartir autrement le « gâteau », il faut un autre gâteau, fabriqué autrement, et plus gros.
Alors, la deuxième tentation dominante de sa gauche, c’est le « keynésianisme du Café du Commerce » : relancer la consommation, relancer les dépenses publiques, en espérant que les carnets de commandes se rempliront, que les affaires vont mieux marcher, et que, sûrement, les entreprises se mettront à embaucher et à produire les richesses dont nous avons besoin. Le président du MEDEF avait déjà répondu en 2022 à Jean-Luc Mélenchon : « c’est très simple, si vous faites ça, nous patrons, nous arrêtons d’embaucher, nous arrêtons d’investir ». Faire de la politique économique sans prendre en compte l’existence du capital, ça mène la gauche à l’échec, on a connu ça mille fois.
Donc, soit il faut renoncer aux objectifs sociaux et écologiques qui sont plus ou moins dans tous les programmes de gauche, soit on engage la bataille, dans les entreprises et sur les entreprises, pour obtenir un changement du comportement des entreprises, pour faire prévaloir non plus la rentabilité pour les actionnaires et les créanciers, mais le développement de l’emploi, le développement massif de la formation, de la recherche et les investissements qui l’accompagnent. C’est ainsi qu’on réussira, en faisant autre chose qu’alimenter inflation et déficit extérieur. Et c’est ainsi qu’on arrivera à maîtriser la révolution informationnelle avec les gains de productivité que peut apporter l’ΙA, et à dégager une nouvelle efficacité fondée sur le développement des capacités des êtres humains.
Or, un point commun de tous les programmes de la gauche non communiste, c’est l’absence quasi-totale de ce sujet – la conquête de nouveaux pouvoirs des travailleuses et travailleurs dans l’entreprise.
Donc, nous avons un espace politique dans cette campagne pour combler ce déni de la lutte des classes.
Il faut à la fois augmenter franchement les dépenses, et se dégager de notre dépendance envers les marchés financiers. C’est notre proposition d’un fonds d’avance de 100 milliards financé par le pôle public bancaire, une idée qui devient populaire, j’en veux la preuve dans ce que Fabien vient de nous exposer et que je partage.
Et il faut des pouvoirs d’intervention dans les gestions pour les salariés, pas seulement des droits de veto ou la présence de salariés dans les conseils d’administration, mais pouvoirs autogestionnaires pour imposer des projets industriels – et il y en a en quantité dans les luttes sociales actuelles – jusqu’à leur financement par des crédits bancaires à taux réduit.
Ensuite, on enchaîne le reste, la réforme fiscale, la constitution de pôles publics avec des nationalisations, le début d’une planification d’un type nouveau, dans la cohérence du projet communiste et de la transition socialiste qui en fait partie.
Tout cela est détaillé dans une note de la commission économique qui sera sans doute disponible prochainement, et dans d’autres publications qui sont à la disposition des militantes et militants.
Économie& Politique envisage fin janvier une initiative sur ce thème, il serait, intéressant qu’elle puisse contribuer à la campagne. Tout cela nécessite en effet une prise en compte sérieuse dans le dispositif de campagne car, pour la première fois depuis un certain temps, il s’agit d’aller affronter le capital sur son terrain pour contester sa logique fondamentale.

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