Dans la crise, les ferments d’une transformation révolutionnaire de la civilisation

  • Auteur/autrice de la publication :
  • Post category:Les textes
  • Commentaires de la publication :0 commentaire

1.1    Des mutations qui mettent radicalement en cause
la civilisation capitaliste et libérale

La révolution technologique informationnelle est une transformation profonde. Elle prend racine au sein même du capitalisme et elle est le fruit de l’inventivité humaine, comme hier la révolution industrielle naissait dans les limbes de la société féodale puis d’Ancien régime. Avec elle une nouvelle efficacité économique, fondée sur le développement des capacités humaines et sur le partage des informations, devient nécessaire et possible. Bien qu’elle soit distordue et récupérée par le capitalisme et les multinationales monopolistes informationnelles, ses principes s’opposent sur le fond à ceux du capitalisme qui sont de donner la priorité au développement du capital et à l’appropriation monopoliste. Cette révolution technologique pose ainsi avec une acuité nouvelle l’affrontement de classe du capital contre les capacités humaines qui devient un affrontement du capital contre toute la société.

La révolution démographique, avec l’allongement de la durée de la vie et les besoins de santé, d’autonomie et de dignité associés, la possibilité pour les femmes de maîtriser la procréation, les nouvelles relations qui s’instaurent dans les couples et dans les familles, est porteuse de libertés nouvelles. Mais le capitalisme l’utilise pour marchandiser l’ensemble des temps de la vie, au travail et hors travail. s La baisse de la natalité, au-delà de nouveaux choix de vie, est avant tout le produit de politiques d’austérité, du chômage, de la précarité, de désastres écologiques et de perspectives guerrières, qui empêchent le plus grand nombre de se projeter dans l’avenir, et qui pèsent particulièrement sur les femmes en limitant leur autonomie, leurs droits reproductifs et leur possibilité de choisir librement si et quand devenir mères.

Enfin, l’humanité a aujourd’hui le pouvoir d’agir sur l’ensemble de sa niche écologique : la planète. C’est l’anthropocène. Or, l’exigence d’expansion du capital met radicalement en cause notre environnement, l’écologie, et met en danger l’espèce humaine elle-même.

Dans les convulsions de cette crise, les luttes sociales et écologiques, le féminisme et son ampleur mondiale, les mouvements pour l’égalité de genres, le refus de l’assignation à une identité ou à un rôle social, la volonté de changer le travail et d’émancipation, la mise en cause des délégations de pouvoir, les mouvements anticolonialistes et antiracistes au nord, la puissance montante des BRICS, l’épouvante qu’inspirent à l’impérialisme américain les succès spectaculaires de la Chine, au milieu des énormes contradictions nées de son propre développement, l’aspiration à la paix, à un monde commun traduisent, de façon contradictoire et incertaine, la recherche d’un autre avenir que celui où nous enfermerait le pourrissement de la civilisation capitaliste et libérale. Ils sont des points d’appui et des leviers formidables pour changer la société dans un sens révolutionnaire. Quels que soient les efforts des multinationales pour préserver les monopoles informationnels sur lesquels elles ont assis leur rentabilité, les innovations techniques, toutes liées aux moyens radicalement nouveaux de manipuler les informations, créent les bases matérielles et technologiques d’une civilisation dont le moteur ne serait plus l’accumulation du capital matériel et financier, mais un développement insoupçonné et continu de toutes les capacités humaines. Il y a ainsi besoin d’un tout autre type de développement des forces productives. Mais les rapports sociaux fondés sur le capital entrent en conflit avec ce besoin et maintiennent leur régulation par le taux de profit. Cela confère une actualité radicale au combat de classe.

1.2    Une crise systémique du capitalisme

« Depuis les années 1970, le capitalisme fait face à une crise systémique non résolue qui résulte de la suraccumulation du capital. Au lieu de répondre aux exigences de développement des capacités humaines de la révolution informationnelle, le système en a fait un moyen de renforcement des monopoles, du capital et de nouveaux types de multinationales (…) La masse croissante du capital matériel et financier suraccumulé réclame un taux de profit toujours plus élevé. D’où l’acharnement à prélever une part accrue des richesses produites par le travail humain et à brider les dépenses humaines, sociales et de services publics, ce qui renforce les difficultés », écrivions-nous au 39ème congrès.

Dans cette nouvelle étape de la crise systémique du capitalisme monopoliste d’État (CME), transformé par la financiarisation, la globalisation capitaliste et la révolution informationnelle, les emplois non pourvus et les pénuries de qualifications vont de pair avec la pénurie de services publics. L’insuffisance criante des salaires, du pouvoir d’achat, de la demande solvable coexiste avec une désindustrialisation qui s’accélère. La prétendue « politique de l’offre » détruit en réalité l’offre, la production, car elle n’est qu’une politique du profit.

Notre dépendance aux services informationnels étatsuniens est à peine moindre que notre dépendance industrielle. Quant à notre souveraineté alimentaire, elle est grandement menacée et notre tissu économique agro-alimentaire est en crise profonde.

Au total, l’oligarchie financière ne parvient à rentabiliser une masse de capitaux accumulés depuis des décennies qu’au prix d’une débauche d’aides publiques, d’une concurrence coupe-gorge pour monopoliser informations, ressources humaines et matérielles, et au prix d’une fuite en avant dans la financiarisation, les délocalisations, le néo-colonialisme et l’économie de guerre.

Ainsi, l’alliance entre l’État et le capital, dont un aspect – la masse accrue des aides publiques aux entreprises – est une facette qui a commencé à être mis en lumière, présente des caractéristiques nouvelles qu’il convient de réexaminer.

Il n’y a pas eu recul quantitatif de l’intervention économique de l’État, mais crise de celle-ci puis transformation de sa nature. Elle est à présent de plus en plus soumise aux impératifs du seul capital, des profits et de la baisse du coût du travail. Complément « social » : des mesurettes sectorielles et de soutien aux plus pauvres… financées par les couches moyennes salariées, et non par le capital.

Subventions, exonérations de cotisations sociales, d’impôts (notamment pour le capital financier), prises de participations publiques en capital, utilisation intensive de la création monétaire au bénéfice des marchés financiers, mise en concurrence tous azimuts, commande publique d’armements. L’intervention de l’État s’est aussi repositionnée pour des compromis avec les multinationales qui, elles, dépassent les frontières nationales. Au nom de « l’attractivité » les capitaux étrangers pénètrent notre économie et rachètent capacités productives et technologies, et les multinationales à base française peuvent ainsi continuer à investir à l’étranger, tout particulièrement aux États-Unis. Surgissent ainsi, à présent, de nouveaux enjeux de souveraineté et de morcellement des chaînes d’activité et de valeur.

Imposer une tout autre intervention publique, mais aussi des pouvoirs démocratiques nouveaux dans les entreprises et les territoires peut être rassembleur. C’est un enjeu de classe qui mûrit dans la crise.

Les multinationales (GAFAM, pharmacie, pétrole…) tirent parti du gain de coût que permet le partage des coûts informationnels (RD, brevets, …) au sein de leur réseau privé de filiales. Mais elles construisent et étendent ces réseaux au prix de rachats financiers qui dépassent largement ces gains. Elles se protègent contre des prises de contrôle par une fuite en avant dans la surévaluation et la capitalisation boursière. Ce partage monopoliste crée une nouvelle contradiction qui alimente une crise profonde d’efficacité, voire de sens. Au contraire, la révolution informationnelle appelle un plein partage des coûts et des utilisations, jusqu’au niveau du monde. Il serait facteur d’une efficacité démultipliée, sans les cercles vicieux de l’accumulation financière. La révolution informationnelle exige donc, pour sa pleine efficacité, de révolutionner la mondialisation.

1.3    Face à l’affrontement généralisé, luttons pour construire une autre mondialisation de coopération, de partage,
de paix et de co-développement

Les menaces s’accumulent, mais aussi les potentiels et ressources pour y répondre. Le monde est à un tournant. Il s’agit de relever des défis communs. Pour cela il faut mettre en commun les forces de l’humanité, afin de développer en priorité les capacités humaines, l’emploi, la formation, les services publics et une nouvelle industrialisation, avec des protections sociales et écologiques. Cela demande une bataille internationaliste effective, à construire, allant au-delà des nécessaires actions de solidarité internationale. Elle a à affronter la domination du capital dans le monde et les institutions néolibérales de l’impérialisme, au premier rang desquelles le dollar.

La crise capitaliste appelle en effet un autre ordre du monde, de co-développement pour l’ensemble de l’humanité, des institutions internationales profondément transformées, un nouveau type de coopérations et une intervention démocratique des travailleurs et travailleuses à tous les niveaux sur les choix stratégiques des entreprises et l’utilisation de l’argent, une culture de paix.

Mais nous ne sommes pas encore passés à un autre ordre du monde. Les convulsions peuvent durer. Crise n’est pas solutions. Celles-ci se cherchent.

Face à la fuite en avant vers encore plus de libre-échange, et la soumission au dollar, monte l’idée d’y répondre par le protectionnisme, le nationalisme, le souverainisme. Donc par la guerre économique entre pays. Ils veulent convaincre les peuples que la guerre, sous ses différentes formes (militaire, économique, de civilisation) serait inévitable. Ils vont jusqu’à la présenter comme une solution.

L’enjeu est au contraire celui d’une tout autre mondialisation, une mondialisation de partage et de co-développement pour et par toute l’humanité, c’est-à-dire une véritable globalisation des ressources, démocratique et à portée des peuples, de leur intervention démocratique.

1.3.1  Une crise du capitalisme et de l’impérialisme des États-Unis

L’impérialisme des États-Unis repose sur quatre piliers, le dollar, la technologie, un certain contrôle des institutions internationales (dont le Fonds Monétaire International), la puissance militaire. Les multinationales US en sont l’expression. Il est en crise et cherche une configuration nouvelle, plus monopoliste encore, comme on le voit avec les décisions de Trump. Mais celles-ci prennent leurs racines dans la crise d’une économie mondiale dominée par les grandes multinationales américaines et la logique du capital, profondément déstabilisés par la suraccumulation dans la nouvelle phase de la révolution informationnelle (hausse des profits, des inégalités, besoins décuplés de capitaux…), par la fragilisation de la base sociale populaire de la classe dominante américaine, par la montée des BRICS, singulièrement de la Chine, le changement climatique et les défis environnementaux existentiels de l’humanité.

Pour endiguer son déclin et sauvegarder les intérêts de son capital, l’impérialisme étatsunien tente de faire payer au reste du monde le prix de ses choix désastreux. Trump cherche à sauver le dollar pour maintenir l’hégémonie américaine sur l’économie mondiale et l’extraterritorialité du droit américain dont les Français savent, notamment depuis la vente d’Alstom-nucléaire à General Electric, à quel point elle est mortifère. Le dollar est un obstacle au développement des nations et des économies. De nombreux pays, en particulier au Sud, l’ont bien compris et tentent de s’en émanciper.

Tout cela entraîne la recherche d’une nouvelle phase de l’impérialisme, et tout particulièrement d’une nouvelle phase de la relation entre l’État de l’impérialisme le plus puissant – les États-Unis – et le capital en général. Le grand capital étatsunien recherche un système impérialiste bien plus unipolaire et recentré sur les États-Unis qu’auparavant. La réaction des différents dirigeants de l’Union Européenne est essentiellement munichoise et conservatrice. Elle consiste à capituler, à renforcer le dogme libre-échangiste et à collaborer. Dans une fuite en avant militariste et fédéraliste, les dirigeants européens tendent encore plus à se comporter en simples alliés de Washington pour exploiter et imposer la règle du jeu des États-Unis au reste du monde. C’est le comportement typique du « colonisé intermédiaire ». C’est une forme de néo-collaborationnisme économique, dans un système impérialiste où les États membres de l’Union Européenne, voire l’UE elle-même, cherchent à jouer un rôle de sous-impérialisme néo-colonial, particulièrement la France en Afrique.

Ce choix néocolonial et de l’alignement sur l’impérialisme doit être combattu. Il appelle une rupture nette et la construction d’une politique internationale fondée sur la souveraineté des peuples, la coopération et la paix. Ni le libre-échangisme et la soumission au dollar, promue tout particulièrement par les dirigeants de l’UE, ni le protectionnisme nationaliste ou le souverainisme ne sont des issues. Tous deux accentuent la guerre économique et les guerres tout court. Nous sommes en faveur de protections, et promotions, écologiques et sociales, maîtrisées par les travailleur.se.s et les populations.

1.3.2  La guerre commerciale est une guerre à toute la société

L’intensification de l’affrontement économique planétaire conduit à une récession mondiale et accroît les risques de krach financier. Dans plusieurs pays, dont la France, elle accélère la crise industrielle, les plans de licenciements, elle entretient une stagnation des salaires. Elle conduit les gouvernements à annoncer de nouvelles coupes dans les dépenses publiques. Ainsi, les travailleurs de tous les pays sont les premiers à payer le prix de cette politique. Mais c’est aussi l’austérité pour les services publics et la protection sociale. C’est pourquoi le PCF affirme que la guerre commerciale est avant tout une guerre du grand capital contre toute la société .

1.3.3  La France particulièrement exposée

La France est dépendante en termes de matières premières, de marchés et de technologies. Mais le pouvoir national comme les actionnaires s’enferment dans l’impératif de rentabilité avec comme seule variable d’ajustement les salaires. Notre pays subit, comme ses voisins, les conséquences calamiteuses des dogmes néolibéraux sur lesquels a été construite l’Union européenne, conduisant à la subordination de cette dernière à l’impérialisme états-unien, à l’inexistence de protections véritables des économies et des industries de nombreux pays, au refus d’implication stratégique de l’État dans l’appui aux capacités humaines, facteur clé de la création de richesses et de la transformation productive et énergétique.

1.3.4  De nouvelles règles, institutions et outils internationaux
pour une tout autre mondialisation

Pour répondre à l’offensive de Donald Trump, l’enjeu central est de donner la priorité au développement des capacités humaines qui font la richesse des pays.

Plus précisément, pour cela, il faut de nouvelles règles, mais aussi de nouvelles institutions et outils pour mettre en pratique les principes de paix, de partage et de co-développement. Elles peuvent se rassembler dans cinq axes de propositions.

Des protections sociales et écologiques, qui visent des contenus (par exemple le développement de l’emploi des deux côtés et la diminution commune des gaz à effet de serre), et non du protectionnisme, qui lui vise des pays en tant que tels. Elles combineraient des taxations, lorsqu’on ne respecte pas ces règles, mais aussi des incitations positives à se développer et à atteindre des normes sociales et environnementales, avec des fonds financés en partie par le produit des taxations. Ces fonds seraient gérés démocratiquement avec la participation de représentants des travailleurs des pays concernés, pour développer en commun les différents pays parties-prenantes.

Des traités de maîtrise du commerce et des investissements dont la visée est le développement de l’emploi et des biens communs (santé, éducation, climat, …), alors que la visée actuelle est de faire le maximum d’échanges et d’investissement international. Avec ces nouveaux traités internationaux de commerce et d’investissement, les échanges internationaux se feraient dans la mesure où ils développent l’emploi et les biens communs des deux côtés.

Cela concerne bien sûr nos relations avec les pays du Sud, ou d’autres pays développés comme le Canada. Mais aussi l’intra-UE, donc une remise à plat progressive des traités européens, à commencer par admettre le principe de coopération (au lieu de la concurrence libre et non faussée) et, pour les aides publiques, des critères sociaux, écologiques et d’équilibre géographique intra-UE. Cela combine nouveaux débouchés, nouveau contenu et développement.

Une monnaie mondiale, véritablement commune, de développement des biens communs, de l’emploi et des services publics. Elle peut être développée à partir des droits de tirage spéciaux (DTS) existants et en engageant une réforme profonde du FMI (droits de votes, poids des monnaies dans les DTS, critères d’attribution des DTS, relation avec l’ONU et le Programme des Nations-Unies pour l’Environnement), dans la lignée de ce qui est proposé par l’Appel de Belém. La création monétaire de DTS serait affectée aux banques centrales des pays à taux très bas, si celles-ci financent le développement des services publics (y compris la protection sociale) et pour le crédit aux investissements des entreprises à taux d’autant plus bas que ceux-ci programment et développent des emplois et des réductions de gaz à effets de serre (GES). Cela permettrait « d’avaler », par un développement sain du PIB, les dettes mondiales, dont celle des États-Unis qui est la plus massive du monde (32.000 Md$, soit 36,000 Md€, plus de 133 % de leur PIB).

Une refonte des institutions internationales, à commencer par l’ONU, dont il faut supprimer le droit de veto des 5 membres permanents du conseil de sécurité, pour un multilatéralisme de notre temps. Il faut aussi réformer profondément le FMI et il doit être mis sous l’autorité de l’ONU, avoir pour mission de promouvoir les biens communs de l’humanité et son développement social, économique et environnemental. Il faut enfin transformer l’OMC (organisation mondiale du commerce) en organisation de maîtrise des échanges, des investissements et de partage des technologies.

La promotion de la paix et de la sécurité collective, dans l’esprit d’une culture de paix. La France doit sortir de l’OTAN, ne pas alimenter la course aux armements et contribuer au désarmement global. Elle doit signer le TIAN (traité d’interdiction des armes nucléaires). Elle doit s’engager pour une paix réelle en Ukraine, au lieu d’attiser le conflit, basée sur l’auto-détermination des peuples concernés, organisée sous l’égide de l’ONU.

1.3.5  Refonder l’Union européenne

La crise de la construction européenne reflète la crise de la mondialisation et les contradictions profondes du capitalisme en crise. Il faut en finir avec la construction européenne actuelle conçue au service de la domination du capital, avec son principe de « concurrence libre et non faussée », son soutien à l’OTAN et en son cœur la BCE soutenant les marchés financiers, les multinationales et les grands capitaux monopolistes, et à présent l’économie de guerre.

En contradiction profonde avec la promesse d’une Europe de coopération et d’unité des peuples, on lui doit un chômage colossal, la désindustrialisation, l’agriculture familiale sacrifiée, la mise en cause des services publics et l’austérité généralisée, l’autoritarisme, le martyre du peuple grec, une fragmentation entre le Nord et le Sud, des fractures internes à chaque pays. Tout cela favorise la montée des populismes et de l’extrême droite, jusqu’à des positions de pouvoir comme en Italie, une domination renforcée des États-Unis et du dollar. Il n’est donc pas étonnant qu’elle concentre la colère populaire. Le statu quo n’est pas possible.

Si le PCF peut être fier d’être la seule force politique française à s’être opposée avec détermination à tous les traités d’intégration néolibérale à l’Union européenne, notre responsabilité est de donner une perspective à cette colère.

Outre le domaine économique et social, nous voulons en finir avec d’autres tares fondamentales de l’actuelle construction européenne.

C’est le cas des violations des règles de la démocratie et de la souveraineté populaire. Le fait que l’UE se soit construite jusqu’ici à l’abri des peuples est au cœur du problème. Nous voulons inverser cette logique en plaçant l’implication des citoyennes et citoyens au cœur de la construction d’une autre Europe.

C’est aussi le cas en matière de politique extérieure. Nous agissons pour une Europe qui rompe avec l’alignement docile de l’UE sur les politiques irresponsables et dangereuses des États-Unis ou d’Israël. Plus généralement, au lieu d’une UE qui pousse les feux de la mondialisation capitaliste et qui s’abstient de toute initiative susceptible de contrer le désordre mondial, nous voulons une Union qui use de son poids et de son influence pour faire émerger, avec tous les alliés qui le souhaitent, de nouvelles règles dans les relations internationales, plus justes, plus démocratiques, plus pacifiques.

C’est enfin le cas avec la question de l’accueil des migrants : l’Europe que nous voulons doit tourner le dos à l’Europe-forteresse. Il est en particulier indispensable de remettre en cause le Pacte européen sur la migration et l’asile adopté en 2024.

Il est plus crucial que jamais de faire de notre analyse le bien commun de tous les communistes, comme une base de réflexion collective susceptible de mises à jour régulières. Un choix a prévalu depuis plusieurs congrès : transformer radicalement l’Union européenne et ses traités ; agir pour une refondation de la construction européenne avec des propositions alternatives. Mais comment y parvenir dans le cadre de traités établis pour la mondialisation capitaliste ? Comment ouvrir sans attendre des brèches contre ces traités et leur logique ? Comment faire grandir l’exigence d’un autre type de construction européenne solidaire, respectueuse des peuples et des nations, contre le projet capitaliste, libéral et fédéraliste et contre la montée des replis nationalistes et xénophobes ?

Nos conceptions d’une « Union de nations et de peuples libres, souverains et associés », d’une « nouvelle construction européenne à géométrie choisie », parce que nos peuples en ont besoin pour relever des défis communs, au lieu du fédéralisme qui sert le néolibéralisme et la finance, méritent d’être encore explicitées. Il en va de même de ses développements sur les fondements d’une Europe démocratique ; sur notre conception des obligations en matière de libertés, de droits fondamentaux, d’égalité des genres ; sur les transformations à opérer dans l’UE.

Il s’agit de se situer sur le terrain européen en tenant compte de l’existant et de se saisir de l’aspiration à une construction européenne, tout en considérant que le terrain national est fondamental et que ce sont bien les exigences du capital qui modèlent la construction européenne. Pour nous, ces terrains sont pertinents pour la lutte des classes.

Nous entendons développer l’« Europe sociale » et écologique comme le cœur de la construction européenne. L’Europe financière et monétaire doit être à son service. Une autre conception du rôle de la BCE est décisive : une BCE pour un essor des services publics et de l’emploi, avec notre proposition majeure de création d’un « Fonds de développement social et écologique européen » et celle d’une nouvelle sélectivité de la politique monétaire selon des critères d’efficacité sociale et écologique est un enjeu particulièrement actuel

La bataille pour « changer l’Europe » doit être menée sur les fronts social, démocratique, économique, écologique et politique avec des propositions radicales et réalistes. C’est seulement ainsi que nous réussirons à faire refluer les forces d’extrême droite qui aujourd’hui arrivent jusqu’à occuper des positions de pouvoir, notamment en Italie. Des dizaines de millions d’Européen·ne·s véritablement progressistes sont conscient·e·s à juste titre du besoin d’une construction européenne commune face à la montée des extrêmes-droites, d’une mutualisation face au péril écologique, à la montée des pressions internationales, de la crise financière, face au dumping fiscal et à l’écrasement social. Nous voulons nous appuyer sur leurs aspirations et sur la protestation populaire pour construire une résistance porteuse d’alternative. Les luttes sociales et politiques, l’action des partis communistes et progressistes européens, du PGE (Parti de la gauche européenne) et des élu·e·s au Parlement européen, peuvent être un appui pour modifier les rapports de forces dans une perspective de changements profonds.

En Europe, le PCF travaille ardemment à l’unité entre forces communistes, de gauche, organisations progressistes et écologistes, sur le fond comme dans l’action. Notre parti entretient des relations bilatérales et multilatérales fructueuses pour les combats communs de toutes celles et ceux qui font face tant à l’UE du capital qu’au retour du fascisme. Il est à l’origine de la GUE-NGL (Gauche unie européenne-Gauche verte nordique) au Parlement européen, du PGE et du Forum européen des forces progressistes. Il a vocation à renforcer ces coopérations, avec tous les partis qui partagent l’essentiel de ses analyses et de ses visées politiques.

Battons-nous en France, en Europe, avec les forces progressistes, les partis communistes, les peuples, pour changer l’Europe, pour une autre mondialisation.

1.3.6  Des exigences immédiates
pour refonder les relations internationales

Il faut continuer et amplifier nos campagnes de solidarité internationale (Cuba, Gaza,..).

La bataille pour la paix doit prendre une autre ampleur et la direction nationale élue par le congrès prend l’engagement d’organiser une manifestation nationale pour la paix, dans des conditions à déterminer.

La lutte politique pour comprendre et résoudre les causes des migrations subies, voire contraintes, et pour aller vers une liberté de circulation et de migration est un enjeu de solidarité internationale, à mener en commun avec les forces progressistes des pays d’origine.

La France doit mettre ses forces en commun avec les nations et les peuples d’Europe et du monde pour atteindre les objectifs de développement durable de l’ONU et relever les grands défis de l’humanité : pauvreté, emploi, inégalités, climat, biens communs, services publics.

Nous devons engager un travail politique et de masse, en cohérence avec nos forces militantes, médiatiques, nos élus, pour que des exigences internationales de fond se fassent jour en franchissent un seuil qualitatif et quantitatif. Cela exige aussi de construire des revendications communes sur ces points avec les partis communistes et mouvements progressistes du monde.

Le PCF engagera trois batailles internationales de fond :

pour la coopération des pôles publics bancaires et financiers nationaux existant dans l’UE pour financer à bas taux le développement des services publics, jusqu’à un Fonds européen solidaire ; pour assigner des critères d’efficacité sociale et écologique à la politique monétaire de la Banque centrale européenne ; pour modifier le droit européen sur les marchés publics et rendre obligatoire des critères sociaux, environnementaux et géographiques ;

contre le Mercosur, sa mise en œuvre immédiate et pour une négociation de la France et de l’UE avec les pays du Sud global (Afrique, Asie, Amérique latine), dont les BRICS (Chine, Brésil en particulier), afin d’instaurer des traités de maîtrise des échanges et investissement internationaux pour le développement de l’emploi et des biens communs (santé, environnement…) ;

pour l’ouverture d’une conférence financière et monétaire mondiale de financement des biens communs et des dettes publiques par une monnaie mondiale véritablement commune, pour sortir du système dollar, dans la poursuite de l’Appel de Belém Financement de la transition écologique : changer pour faire face aux défis climatiques.

1.4    Le projet communiste et la transition socialiste
vers une nouvelle civilisation

La crise de la civilisation capitaliste et libérale est si profonde qu’elle appelle à révolutionner tous ses aspects.

En finir avec l’exploitation capitaliste, c’est répondre à la crise de suraccumulation du capital en faisant prévaloir, contre la dictature de rentabilité qui épuise les êtres humains et la nature, une nouvelle efficacité fondée sur le développement de toutes les capacités humaines.

Être à la pointe de tous les combats pour l’égalité et contre toutes les dominations, c’est répondre aux aspirations montantes dans la société à un dépassement des délégations de pouvoir constitutives du libéralisme.

Le communisme est ainsi à la fois le but d’une civilisation nouvelle, et le chemin qui y conduit.

Sur ce chemin, il faut surmonter un obstacle, la domination du capital.

C’est l’enjeu des luttes à mener, dès à présent, pour dépasser le marché du travail capitaliste qui fait de la force de travail humaine une marchandise, en construisant une sécurité d’emploi et de formation tout le long de la vie de chacun.e ; pour développer une nouvelle efficacité des productions avec des critères écologiques et sociaux alternatifs à ceux de la rentabilité ; pour prendre au capital son pouvoir sur l’utilisation de l’argent en imprimant une nouvelle orientation au crédit bancaire et à la création monétaire ; pour construire une nouvelle mondialisation de paix et de coopération.

C’est ainsi que se construira concrètement une appropriation sociale, du local au mondial, des moyens de production, d’échange et de financement, concrétisant dans de nouvelles institutions un pouvoir autogestionnaire des travailleurs dans l’entreprise, un pouvoir décentralisé des citoyens sur les entreprises, inaugurant une planification d’un type profondément nouveau, des services publics transformés et prenant une place centrale, une démocratie nouvelle, d’intervention et de participation, des libertés étendues dans tous les domaines, une priorité aux capacités humaines, au vivant et au partage.

Cettesociété qui a sa cohérence, où les institutions mondiales ont pour moyens et mission de développer les biens communs et la paix, mais où persistent encore les frontières nationales, les États, la monnaie, etc. nous l’appelons un socialisme du XXIe siècle, autogestionnaire et de liberté.

Dans cette perspective, la conquête d’une participation au pouvoir d’État à l’échelon national n’est pas le point de départ d’un processus révolutionnaire. Elle ne peut être que le résultat d’un rassemblement majoritaire de notre peuple qui sanctionne des rapports de forces issus d’une jonction entre des idées et des luttes sociales et politiques, les unes et les autres de portée révolutionnaire.

Dès lors, l’exercice du pouvoir d’État n’est pas davantage un but en soi. Il sert à favoriser la prise de pouvoir directe, autogestionnaire, des travailleurs et des citoyens sur l’utilisation de l’argent et sur les décisions politiques et économiques que cette prise de pouvoir rend possible.

« Pousser jusqu’au bout » le mouvement révolutionnaire issu des Lumières et du mouvement ouvrier, c’est entendre ces nouvelles générations qui n’en peuvent plus des délégations de pouvoir, au patronat dans l’entreprise, à des représentants de plus en plus décrédibilisés par la crise dans la cité.

C’est donc répondre à la crise de l’État en s’appuyant sur les contradictions qui le traversent, pour dépasser ces délégations de pouvoir par une prise de pouvoir directe des citoyens, des travailleurs : c’est cela le communisme, depuis Marx et Engels, et de façon encore bien plus actuelle aujourd’hui. Le travail collectif des communistes a permis de proposer des modalités concrètes de cette transition socialiste et de sa cohérence avec le but final, une société communiste : de nouvelles institutions instaurant une combinaison tout à fait inédite entre autogestion et planification, avec en leur cœur le développement de nouveaux services publics qui ne sont pas l’État mais qui peuvent être, en quelque sorte, une modalité du dépassement de l’État.

Pousser jusqu’au bout le mouvement révolutionnaire, c’est aussi passer de « principes » abstraits fondamentaux, comme la liberté ou le droit au travail, à leur mise en œuvre effective. C’est donc ouvrir des pouvoirs nouveaux sur les moyens de rendre effectifs ces principes : moyens financiers, juridiques, culturels, intervention dans la gestion des entreprises, services publics.

Enfin, il faut une République internationaliste en actes, dont l’action internationale, les institutions et les instruments de coopération se placent en permanence sous le contrôle des travailleurs.ses et des citoyen.nes. En particulier, dès aujourd’hui, les résidents étrangers hors UE doivent avoir le droit de vote aux élections municipales.

Le développement de nouveaux services publics, placés sous la maîtrise de leurs usagers et de leurs agents, est un enjeu central. Il répond aux besoins immédiats et contribue à la construction d’une société axée sur la promotion des biens communs, au-delà du marché et de l’État.

Laisser un commentaire