Faire du PCF le parti révolutionnaire dont notre société a besoin au XXIe siècle

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Résister et construire, face à la dureté et à la complexité de la situation actuelle, exigent un parti communiste efficace car capable de comprendre et d’agir pour porter un projet de transformation radicale à tous les niveaux. Cela suppose une claire évolution de ses modes de fonctionnement, d’organisation et de direction, un véritable renouveau démocratique. Un renouveau qui s’incarne d’abord dans le développement massif de la formation à partir des avancées théoriques marxistes de ces dernières décennies, jusqu’à reconstruire une école du parti. Sur cette base, serait refondée l’action militante communiste articulant visée théorique et pratique politique de terrain ce qui passe non seulement par soutenir les luttes mais par les initier à partir de nos propositions originales sur l’emploi, l’utilisation de l’argent, les nouveaux pouvoirs de l’entreprise à la cité… C’est de cet échange permanent que se crée la capacité d’engendrer des transformations révolutionnaires.

C’est, dans l’immédiat, ce qui permet de dépasser les tensions et les risques d’émiettement de l’activité militante, en unissant les communistes autour d’une cause, d’un projet de transformation de la société élaboré et décidé en commun.

1.1    Un parti qui réfléchit collectivement

Pour agir face aux bouleversements absolument inédits qui agitent notre société, nous nous trouvons dans une situation comparable, par certains aspects, à celle où se trouvaient les fondateurs du marxisme au moment où la domination du capitalisme s’imposait à la faveur de la révolution industrielle.

Cela doit nous conduire à nous inspirer de la méthode qu’ils ont alors inaugurée : assimiler de façon critique les avancées les plus contemporaines de la recherche et des réflexions sur les sociétés humaines en les confrontant à l’expérience concrète de la lutte des classes.

C’est pourquoi la créativité de notre collectif militant dans l’exercice d’un marxisme vivant est plus indispensable que jamais. Nous pouvons faire fond, dans ce domaine, sur un riche patrimoine théorique, depuis la « bolchevisation » du Parti dans les années 1920 et 1930 jusqu’aux novations qui ont permis au PCF, à partir des années 1960, de dépasser les dogmatismes de la doctrine soviétique officielle.

Les moyens à mettre en œuvre à cet effet répondent donc à la nécessité de prendre au sérieux les enjeux théoriques et leur lien étroit avec notre action pratique dans la société. La maxime de Lénine selon laquelle « il n’y a pas de mouvement révolutionnaire sans théorie révolutionnaire » demeure vraie plus que jamais.

1.1.1  Les commissions, creuset de l’élaboration politique

Les commissions nationales contribuent à fédérer des communistes de tous horizons autour d’une thématique commune alimentée par l’expertise militante de multiples fédérations. On y confronte des compréhensions plurielles du réel aux meilleurs outils d’analyse possibles au moyen d’une réflexion collective, à partir d’un socle théorique commun que l’on développe.

Il convient de traiter autrement l’articulation entre le travail intellectuel produit par les commissions avec la forme et le fond de nos campagnes nationales. La dictature de l’instantanéité a certainement contribué à faire passer l’exercice communicationnel devant la réflexion de fond.

Le PCF doit notamment s’appuyer sur ses revues et bulletins de commission. Ils doivent être renforcés et promus, y compris en dehors de nos rangs.

1.1.2  La formation

Il en va de même pour le secteur Formation. L’enjeu se situe autant à l’échelon de la formation initiale des communistes que de leur formation continue, afin d’utiliser les bons outils théoriques pour analyser un monde réel en perpétuel mouvement, sous l’effet de contradictions qu’il convient de repérer et de lire au regard des enjeux de notre temps.

La formation des dirigeants et responsables, bien identifiée aujourd’hui comme un enjeu politique, doit être à la hauteur de cet enjeu, autant par la qualité de son contenu théorique que par les moyens qui lui sont consacrés. L’ambition de construire un parti révolutionnaire de notre temps justifie la création d’une école de formation, tirant le meilleur parti de l’expérience historique des écoles du PCF, et des moyens financiers et pédagogiques disponibles dans la société contemporaine.

1.2    Un parti organisé pour agir
dans la société et dans les institutions

L’unité du Parti, réalisée autour d’un projet révolutionnaire répondant aux contradictions du monde contemporain, a favorisé une nouvelle visibilité du PCF et a suscité des adhésions issues d’une nouvelle génération de militantes et militants. Cependant, le nombre d’adhérents continue globalement de décliner, le maintien d’un nombre significatif d’élus grâce à des stratégies d’alliances ne compense pas la réduction de notre influence qui se confirme élection après élection, et la vie du Parti est traversée, au niveau local ou départemental comme au niveau national, de multiples tensions.

Ne faut-il pas voir là les signes de ce qu’on pourrait appeler une crise du Parti, non pas au sens de difficultés insurmontables mais au contraire comme la recherche d’un dépassement de la contradiction entre un projet politique très novateur d’une part, et, d’autre part, une structure et des pratiques qui doivent, elles aussi désormais, prendre en compte ce caractère novateur ? De même que la faillite de la Deuxième Internationale, au début du siècle dernier, avait conduit, au fil d’une évolution non exempte de tâtonnements et de corrections progressives, à l’apparition d’un type nouveau de parti révolutionnaire, de même avons-nous aujourd’hui la tâche de mobiliser de façon novatrice l’immense patrimoine théorique et pratique de notre Parti au service d’une ambition révolutionnaire pour notre temps.

Ce chantier est pour l’essentiel devant nous, c’est-à-dire devant tous les communistes qui auront à réfléchir collectivement aux dispositions à prendre pour le mener à bien. Ce texte se contente de proposer quelques grands principes qui pourraient, pensons-nous, contribuer à ces réflexions.

1.2.1  Agir à l’entreprise, en première ligne contre le capital

Un trait distinctif des partis communistes est leur présence organisée sur les lieux de travail, là où le combat de classe affronte le pouvoir du capital en son cœur : l’utilisation de l’argent pour exploiter les êtres humains, piller la nature et soumettre la production et toute la société à sa soif inextinguible de rentabilité. C’est le moyen pratique de combler la coupure entre économique et politique.

Nous avons fait d’une relance de l’implantation du Parti à l’entreprise une orientation majeure de nos derniers congrès. Les difficultés que nous rencontrons pour la mettre en œuvre dans la réalité de ce que sont devenus l’économie et monde du travail nous oblige à prendre en compte toute la dimension stratégique de cette orientation.

L’action en direction des entreprises n’est pas un simple complément d’une activité politique structurée par les échéances électorales. Elle ne doit pas se limiter à l’expression d’un soutien aux luttes syndicales, ni à la diffusion d’un discours politique général, si nécessaire soient-elles. Le but est de participer à la bataille politique intense dont les entreprises sont le siège en alimentant concrètement les mobilisations sociales par des arguments et des initiatives porteurs d’une logique de développement de l’emploi, de la formation, de conquête de pouvoirs par les salariés, contre les logiques capitalistes de rentabilité.

Cette orientation concerne l’ensemble de l’activité du Parti et ne se réduit pas à la création de cellules d’entreprises. Mais nos formes d’organisation en sont un aspect important. Elles peuvent faire appel à toute la souplesse que permettent nos statuts en partant de la réalité de la situation du Parti comme de l’évolution des formes d’activités et des modes de production, en favorisant en particulier la création de réseaux nationaux de communistes d’une même entreprise, d’un même groupe ou d’un même service public. Mais aussi, dans les zones d’activités économiques, plutôt que d’attendre l’éclosion spontanée de communistes, l’implantation de cellules ou de sections de zones à partir de camarades des directions départementales ou de sections voisines devrait permettre de se rapprocher des entreprises et du vécu de leurs salariés. L’affirmation de notre présence politique serait le moyen de tisser avec eux des liens nouveaux dans le but de faire entrer la politique à l’entreprise.

1.3    Agir contre le capital, du local au mondial

La force du PCF est son réseau militant organisé au plus près des lieux de travail et d’habitation, sans équivalent dans les autres partis malgré notre affaiblissement.

Les cellules et les sections font connaître directement à nos concitoyennes et concitoyens notre projet et nos interventions dans l’actualité politique, tout en procurant à l’ensemble du Parti une connaissance fine des réalités sociales et de la façon dont nos concitoyennes et concitoyens les vivent.

Elles sont les lieux essentiels où s’élaborent les idées et les décisions du collectif agissant que nous constituons. C’est sur cette intercréativité, en phase avec le projet d’un dépassement des délégations de pouvoir dans le champ politique comme dans le champ économique et dans le champ culturel, que peut se construire la cohérence et l’efficacité d’un Parti communiste de notre temps.

Elles doivent pouvoir jouer ce rôle en disposant d’une grande autonomie d’initiative, ce qui nécessite une grande souplesse dans les formes d’organisation, et une intense vie démocratique pour favoriser l’élaboration, l’appropriation et la mise en œuvre créative par tous les communistes de nos orientations et de notre projet. Les dispositions esquissées au 39ème congrès pour renforcer l’exercice par les communistes de leur souveraineté, au niveau local, au niveau départemental et au niveau national doivent déboucher sur des avancées pratiques. En particulier, le recensement précis des forces militantes susceptibles d’être mobilisées sur les lieux de travail doit faire partie des toutes premières priorités du travail d’organisation dans les fédérations et au niveau national ;

La dimension politique majeure du niveau régional, lieu de pouvoir décisif dans les groupes capitalistes et dans l’administration, doit être prise en compte.

1.3.1  Féminisme et lutte contre les violences sexistes et sexuelles

La révolution féministe fait partie des bouleversements qui nous changent en changeant le monde dans lequel nous voulons agir.

Dans notre fonctionnement, au-delà de ce qui reste à faire pour réaliser formellement la parité de nos instances, sa prise en compte rend possible de passer à une étape supérieure dans la prise en charge par les femmes de toutes les responsabilités politiques à tous les échelons, de la cellule à la direction nationale. Pour cela, il faut relier notre analyse de la situation spécifique des femmes dans notre société, qui peut les éloigner de l’engagement militant (cumul du travail salarié et travail domestique, revenus moindres, etc.), à des actions concrètes dans notre fonctionnement (d’une réflexion sur les horaires de réunions ou des modes de garde interne par exemple, à la politique de formation des cadres), mais aussi par la mise en avant de la révolution féministe au cœur de notre projet sans en faire un sujet « sociétal » secondaire : place centrale donnée aux services publics, à l’égalité salariale, à la sécurité d’emploi ou de formation, un parti acteur et force de proposition du mouvement pour les droits des femmes, des luttes contre les violences sexistes et sexuelles… comme constitutif de notre projet d’émancipation de l’ensemble de l’humanité.

De même, au-delà des efforts réalisés pour bannir de notre fonctionnement les violences sexistes et sexuelles ou les manifestations d’homophobie, une étape nouvelle est à franchir pour prendre en compte l’abolition de toutes les discriminations comme un objectif constitutif du projet communiste et, par voie de conséquence, de notre action politique quotidienne.

1.3.2  Jeunesse

Bien que les fondements de l’exploitation des plus jeunes soient les mêmes que pour toutes les générations, ils sont accentués par des mécanismes qui accentuent les clivages et renforcent les inégalités : contrats d’intérim, services civiques, stages mal – ou non – rémunérés, apprentissages, etc.

Dans ce contexte, le Mouvement Jeunes Communistes de France et sa branche étudiante, l’Union des Étudiants Communistes ont pour objectif d’organiser les jeunes en partant de leurs réalités quotidiennes ct de leurs aspirations au changement afin de faire le lien avec les enjeux du combat de classe et de les ancrer dans les lieux de vie, d’étude et de travail. L’indépendance de l’organisation de jeunesse constitue à ce titre un choix stratégique pour les communistes

Le PCF travaille donc avec le MJCF dans une complémentarité nourrie par des échanges permanents et fraternels, à l’ensemble des échelons des deux organisations.

1.4    Le PCF et les institutions

L’affaiblissement de notre base électorale et de notre organisation a fait de la présence des élus communistes une condition de l’existence institutionnelle du Parti, de ses moyens financiers, de sa visibilité pour la population.

Parallèlement, la reconnaissance de l’autonomie d’action des élus dans l’exercice de leur mandat est un acquis irréversible. Il reste à mieux faire de cette action une contribution au mouvement d’ensemble pour la transformation de la société et pour rassembler les forces qui peuvent y contribuer.

Des élu.e.s qui ainsi placé.e.s dans une nouvelle relation avec leur parti, pourront disposer du soutien des directions à chaque niveau et les nourrir de leurs expériences.

Une perspective qui suppose un nouveau type de direction nationale.

1.5    Des instances pour animer l’action collective

Un parti agissant, uni autour d’un projet donnant sa force et sa cohérence à l’engagement de ses membres, a besoin d’une direction plus resserrée au sein de laquelle les divers niveaux d’initiatives et de prises de décisions soient clairement identifiés et transparents.

Pour jouer véritablement son rôle de direction et d’orientation politique, le conseil national a besoin de se réunir sur un temps plus long afin de prendre le temps de la prise de décisions, d’en assurer le suivi tout en garantissant leur conformité aux orientations de congrès. Il devra également consacrer à chacune de ses séances un temps de débat à partir d’un travail présenté par les commissions thématiques afin que le fruit de celui-ci devienne la propriété de tout le parti et un axe de son intervention. Des temps de travaux de réflexion de groupe avec une restitution collective pendant le CN peuvent permettre la mise en œuvre de nos décisions. Chaque membre de la direction nationale a un rôle à jouer et notre fonctionnement doit lui en donner les moyens.

Le comité exécutif national doit systématiquement s’assurer que les décisions prises en CN, en conférence nationale, en congrès soient respectées et restent fidèles à leur visée initiale. Il doit jouer pleinement son rôle d’exécution effective d’orientations fixées collectivement. Ne faudrait-il pas instaurer un rapport d’activité au congrès avec des points d’étape réguliers présentés devant le CN ?

Toutefois, avec ses quarante membres, ses réunions espacées, le CEN, tel qu’il est conçu actuellement, ne peut pas assumer ses fonctions de direction opérationnelle.

C’est pourquoi il conviendrait de gagner en transparence, en légitimité et en responsabilité politique avec la création d’une instance restreinte, un secrétariat, à parité, désigné par le CEN ou le CN pour garantir la collégialité de la prise de décision au sommet et préserver notre Parti du présidentialisme qui caractérise l’ensemble du système politique français.

De manière générale, il conviendrait de réduire les effectifs du CEN et du CN et de fonder leur composition sur la diversité des secteurs d’expertise et l’implication militante en veillant à ce que les diverses sensibilités soient intégrées.

1.6    Communication

La communication nationale du parti doit être au service de la bataille d’idées à partir des contenus de transformation dont il est porteur en même temps qu’une aide précieuse à l’action de terrain.

L’ambition de notre projet communiste, loin de le rendre inaccessible à nos concitoyennes et à nos concitoyens, nous donne au contraire une multitude de façons d’en faire percevoir la cohérence à partir des préoccupations quotidiennes de chacune et de chacun. C’est elle qui nous identifie dans la bataille idéologique. D’où le besoin qu’elle ne soit pas élaborée de façon autonome par rapport aux instances nationales où sont élaborées ces mêmes idées.

C’est à un progrès radical dans ce sens que devraient être consacrés les efforts déployés pour faire connaître et identifier l’expression publique du Parti sur les multiples supports de communication dont la révolution informationnelle fait un terrain stratégique de la bataille politique.

Cela met à l’ordre du jour une réflexion sur la création la mise en place d’un média vidéo web, diversifié et politique, attractif dans la forme.

Vecteurs de diffusion de nos idées, les moyens de communication nationaux ne se substituent pas au contact direct avec les adhérent.e.s, avec les citoyennes et les citoyens à l’entreprise comme dans la cité. En cela les publications locales – tracts, journaux de section, de fédération, intervention dans les médias locaux – sont irremplaçables.

CommunisteS qui pour l’essentiel, relaie des informations nationales, doit voir sa ligne éditoriale évoluer afin de devenir vraiment un outil de partage et d’échange d’expériences et d’informations entre communistes.

L’existence de L’Humanité demeure précaire. Pour une part déterminante, elle tient au soutien militant et financier des communistes. Nombreux sont celles et ceux qui s’interrogent au regard du contenu de ce journal. Est aujourd’hui posé l’enjeu d’un journal communiste de notre temps, tout à la fois d’information, d’analyse au service de la diffusion des idées communistes en-même temps qu’espace d’échanges et d’ouverture au débat d’idées. Cela passera par un nouveau type de relations, à inventer, entre les communistes et l’Humanité dans le respect de l’indépendance journalistique.

1.7    Finances, moyens

Dans notre visée communiste, les finances et les moyens organisationnels sont conçus comme des outils au service des luttes, du monde du travail et de l’action politique pour faire partager notre projet de transformation de la société.

Ils ne constituent pas une fin en soi, mais un levier collectif permettant de soutenir les mobilisations, de renforcer l’organisation militante, de diffuser les idées communistes et de défendre les intérêts des travailleurs. En ce sens, ils sont décisifs et exigent un effort de l’ensemble du Parti.

Dans un souci constant de transparence, la solidarité et la mutualisation des ressources y occupent une place centrale.

Dans cette perspective, les finances sont mises au service de l’éducation populaire et de la formation des militant.e.s, de l’ancrage local et du soutien aux luttes sociales, avec l’objectif constant de renforcer notre capacité d’intervention auprès du monde du travail et dans l’ensemble de la société. L’action des communistes dans les entreprises dans les lieux de vie et leur expression en direction des salariés doit être une priorité dans l’attribution des moyen financiers et de communication.

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