Préambule

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« Si on veut obtenir quelque chose
que l’on n’a jamais eu,
il faut tenter quelque chose
que l’on n’a jamais fait »

Pour affronter les périls qui montent, jusqu’au risque existentiel pour l’humanité, discerner les potentialités qui naissent dans les convulsions d’une civilisation capitaliste et libérale en crise profonde, et ouvrir un chemin révolutionnaire, nous avons besoin d’un parti communiste qui soit à la hauteur des défis, du point de vue de l’analyse, de la stratégie et de l’action.

C’était l’ambition du 38ème congrès, auquel nous avons apporté une contribution décisive.

Or un décalage profond et croissant s’est creusé entre les orientations et engagements qui avaient été pris et leur traduction concrète dans l’orientation suivie effectivement, dans l’activité politique comme dans la vie réelle de notre parti. La base commune proposée par le Conseil national des 28 et 29 mars confirme cet abandon stratégique.

C’est avec regret que nous avons dû nous résoudre à en proposer une autre, c’est en mesurant le sens de nos responsabilités que nous alertons sur le danger que courrait le parti communiste à poursuivre sur la voie actuelle.

Le 40ème congrès doit être un moment de réflexion collective et ouverte,

  • où l’on interroge la stratégie actuelle, essentiellement tournée vers des choix électoraux ;
  • où l’on se demande si l’ambition révolutionnaire du XXIe siècle – dépasser le capitalisme, du local au mondial, en passant par la France et l’Europe – est correctement représentée par une formule tournée vers le passé, le « socialisme aux couleurs de la France » ;   
  • où l’on renoue avec l’analyse marxiste des contradictions qui travaillent la civilisation contemporaine, avec la prise en compte des novations marxistes adoptées par le PCF pour s’attaquer à la domination du capital, base de l’analyse de classe, mise en cause par les révolutions écologique, informationnelle, monétaire, militaire, anthropologique ;
  • où nous nous rassemblons autour d’un projet communiste faisant du « libre développement de chacun.e » la condition du « libre développement de tou.te.s », seul capable, avec la construction d’un socialisme de liberté et d’émancipation autogestionnaire, de relever le défi d’une crise systémique dont l’aggravation met la société et le monde au bord de l’explosion ou de l’effondrement ;
  • où nous construisons une stratégie pour donner à notre peuple la force de s’opposer avec succès à l’arrivée possible de l’extrême-droite au pouvoir.

C’est dans le débat éclairé, sans faux-fuyants, sans pression ni chantage, que nous parviendrons ensemble à donner le cap pour que le Parti communiste soit plus que jamais communiste. C’est ainsi que collectivement nous pourrons dépasser les tensions et les divisions, entretenues par les ambiguïtés, les zig-zags et la confusion.

Le « sigle » PCF est sorti de l’effacement, mais nous demeurons fort peu visibles et lisibles en termes d’idées, de propositions, de contenus et de projet de transformation radicale. Il est en de même pour notre identification par la population, ou pour la construction du rassemblement. Cela s’est d’ailleurs traduit dans le contenu et le résultat de nos campagnes électorales, que ce soit à l’occasion de la présidentielle ou, de manière encore plus significative, lors des élections européennes. De cela, aucun bilan n’a été dressé, aucun enseignement n’a été tiré !

Pour un Parti qui agit et réfléchit collectivement

Un premier objectif est vital : développer notre vie démocratique interne, pour un parti qui pense et agit collectivement. En ce sens, nous devons interroger nos modes de fonctionnement, d’organisation et de direction qui sont marqués, au plan national, par une dérive présidentialiste. En six ans, notre vie démocratique n’a pas connu les évolutions qu’il était pourtant urgent d’engager pour impliquer collectivement les adhérents et les responsables du Parti dans les prises de décisions à tous les niveaux. Il aura manqué de ce point de vue un travail réel sur le parti et une volonté d’aboutir. Rien de significatif dans le texte de base commune proposé par le CN ne permet d’entrevoir un changement de cap.

Deuxième objectif : une action du Parti communiste fondée sur une visée claire et précise, qui assoie notre présence politique dans le pays sur des objectifs bien identifiés. Le Parti communiste doit être le parti de l’action politique de terrain. Il doit être le parti des luttes. Parce qu’il les soutient. Mais aussi parce qu’il participe à leur construction, qu’il les nourrit, en mettant en débat nos propositions originales sur l’emploi, l’utilisation de l’argent, ou pour un renouveau démocratique, de l’entreprise à la cité. Il doit être ainsi le parti qui donne du sens et de la perspective à ce qui bouge dans la société, avec une analyse marxiste réappropriée par l’ensemble des communistes. Il nous faut être déterminés à expérimenter les luttes le plus loin possible, jusqu’à des victoires significatives.

Troisième objectif, s’engager avec lucidité et détermination dans la bataille de la prochaine présidentielle avec un.e candidat.e communiste qui porte une alternative donnant à voir une transformation sociale assez profonde pour aller jusqu’au dépassement du système capitaliste et libéral, sans rêver de répondre aux attentes de notre peuple en se contentant d’aménager l’ordre existant ou en revenant à des expériences passées qui ont d’ailleurs été en échec et dont il faut tirer les leçons pour le combat révolutionnaire. Au moment où la menace de l’extrême-droite se fait de plus en plus pressante mais où notre peuple possède, dans ses profondeurs, la capacité de lui résister, il est indispensable d’articuler nos options radicales avec un travail pour des éléments communs incontournables de programme de rassemblement à gauche. C’est d’une telle candidature que le pays a besoin. Un.e candidat.e qui aura pour objectif, avec l’ensemble des communistes, de faire bouger les idées dans le pays, et singulièrement à gauche, particulièrement sur les questions fondamentales sur lesquelles la gauche échoue depuis 1983, à savoir l’utilisation de l’argent, la question cruciale des entreprises et des pouvoirs à conquérir pour leur faire jouer un rôle nouveau dans l’économie et la société, la démocratie, la mondialisation et l’Europe.

Engager le Parti sur cette voie constitue, pensons-nous, le moyen de le rassembler, de reconstruire l’indispensable unité des communistes. Une unité qui ne soit pas de façade ou de circonstances mais qui repose sur du concret. Et quoi de mieux que de la cimenter autour de contenus et d’objectifs politiques répondant aux immenses défis de la période, redonnant ainsi confiance et espoir en un vrai changement politique en France, en Europe et dans le monde. Nos statuts étant ce qu’ils sont, nous avons expérimenté lors de la préparation du 38ème congrès à quel point le texte alternatif d’alors, Manifeste pour un parti communiste du XXIe siècle dans lequel nombre d’initiateurs du présent texte s’étaient impliqués, avait permis un riche débat démocratique, avec la participation de très nombreux communistes, et débouché sur une forte unité du parti. Nous voulons renouer avec cette perspective alors que la base commune proposée lui tourne le dos et que d’autres textes se tournent soit vers une dilution renouvelée, soit vers le passé.

En cela, cette proposition de base commune ne se veut pas un texte de plus pour se compter ou pour se singulariser mais un outil de débat et de construction mis au service de toutes et de tous les communistes pour qu’à l’issue de notre 40ème congrès nous sortions collectivement armés pour mener l’indispensable bataille de conquêtes nouvelles : ni électoralisme suiviste d’une autre force politique, ni électoralisme isolationniste remballant les idées-forces communistes, ni retour vers un passé mythifié, peuplé de mots magiques. Un projet pour les défis d’un XXIe siècle déjà bien engagé, au premier rang desquels : faire prédominer le développement de toutes les capacités humaines et du vivant, par la coopération, le partage des moyens et des pouvoirs, de la France jusqu’au monde, en passant par l’Europe et les Sud, contre la domination du capital sur nos vies et sur la planète.

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