Démocratie, travail, emploi, salaires (marché du travail), services publics, biens communs et développement humain, rôle de l’entreprise et de la production, pouvoirs, institutions politiques, finance et mondialisation : tels sont les chantiers du communisme que nous devons investir immédiatement en nous aidant de la cohérence d’une transition socialiste vers une nouvelle civilisation. Il s’agit, au total, d’avancer en pratique en rassemblant largement, malgré les conflits inévitables, les contradictions, les compromis et les incertitudes dans une construction qui puisse changer réellement la société et qui aide à prendre conscience des enjeux, des blocages et du besoin d’une cohérence entre objectifs socio-écologiques transformateurs, moyens financiers et pouvoirs nouveaux.
1.1 Des objectifs sociaux et écologiques transformateurs
1.1.1 L’emploi au cœur de la transformation sociale :
notre proposition de sécurité d’emploi et de formation
Le chômage, la précarité, les emplois abêtissants et vides de sens ne sont pas des fatalités. Prenant appui sur l’aspiration partagée à une formation et à une mobilité choisie, à un travail utile et qui ait du sens, comme sur la nécessité pour la société d’élever le niveau de formation et de qualification pour répondre aux besoins d’efficacité, de souplesse et d’adaptabilité de la production moderne, nous voulons avancer vers une sécurité d’emploi et de formation permettant à chacune et chacun de conjuguer mobilité choisie et sécurité accrue de ses revenus et de ses droits. Ce système pleinement réalisé permettrait de supprimer le chômage, de révolutionner le contenu du travail, de commencer à dépasser l’opposition travail-hors travail, tout en répondant au besoin de souplesse, de progrès et d’adaptabilité de la production moderne. Il ouvre la voie à une égalisation vers le haut, et à une nouvelle organisation des temps de la vie, donnant à toutes et tous plus de temps pour se former, plus de temps à consacrer à sa famille, plus de temps pour la vie sociale, culturelle et de loisirs. Il permet ainsi de créer les conditions pour un dépassement des clivages de classe, mais aussi de genre ou encore de génération.
Progresser dans sa construction est inséparable de la défense et de la promotion d’un nouveau service public de l’emploi et de la formation et d’une protection sociale efficace parce que financée à partir des richesses créées dans les entreprises. Des éléments essentiels d’avancées immédiates vers ce projet ont déjà fait l’objet d’une proposition de loi des députés communistes.
La culture et l’émancipation humaine sont au cœur de ce projet. Plus celui-ci va se développer, plus il va appeler à une nouvelle culture, à un dépassement des anciennes cloisons, de classe, de genre, de génération, entre nations, plus il va nécessiter la participation de chacune et chacun aux activités culturelles et créatrices.
1.1.2 Une nouvelle expansion des services et du secteur publics
Les services publics doivent être une pierre angulaire d’une nouvelle civilisation, de la construction d’une nouvelle citoyenneté et de la promotion de biens communs dans tous les domaines. Il s’agit de contester la domination de l’Union européenne par le marché et la concurrence aveugle, pour promouvoir un système de coopération où les services publics rénovés et de nouvelles entreprises publiques joueraient un rôle décisif d’entraînement.
De nouveaux services publics doivent être créés, comme pour la petite enfance et le grand âge, d’autres doivent être profondément transformés et leurs missions refondées, tels celui de l’emploi, d’autres encore doivent être considérablement développés, comme la santé, l’éducation, la recherche, l’enseignement supérieur, l’énergie, l’eau, les transports, l’écologie. Ils doivent tous être profondément démocratisés et changer leurs relations tant avec les agents qui y travaillent qu’avec les usagers.
Il est indispensable de promouvoir des entreprises publiques dans les secteurs de la production et des services, visant à entraîner l’ensemble de l’économie en faveur d’une réponse efficace aux besoins populaires et la sécurisation de l’emploi et de la formation. Cela implique des nationalisations nouvelles, ayant pour objet une transformation profonde des gestions avec de nouveaux critères, une barrière efficace à l’entrée des capitaux privés, des financements émancipés des marchés financiers, des pouvoirs d’intervention des salariés et de concertation avec les usagers, des coopérations très nombreuses et intimes en France, en Europe, dans le monde.
1.1.3 Mettre la santé et la Sécurité sociale
au cœur du projet et de l’action des communistes
La santé est une préoccupation majeure de toutes les couches de la population : dégradation constante et pernicieuse de l’hôpital public, aggravation de l’accès aux soins avec la généralisation des déserts médicaux, tant ruraux que péri-urbains, augmentation des restes-à-charges, avec notamment les décisions iniques du gouvernement d’augmenter les forfaits par décret, généralisation des dépassements d’honoraires. Conjointement nous voyons l’emprise grandissante du privé dans toute la sphère de la santé et du médico-social, à travers la « préférence » des responsables de la majorité macroniste, à travers les ARS, pour octroyer, ici des financements, là des autorisations, et injonction au public de se regrouper !
La sphère du service public de la santé et celle de la protection sociale se rétrécissent comme « peau de chagrin » pendant que les grands groupes financiers investissent à tour de bras dans la santé comme dans la protection sociale.
Le gouvernement de Macron veille, toujours et encore à favoriser leur intervention, en s’attaquant plus avant aux dépenses publiques pour la santé, au budget de la Sécurité sociale. Deux projets d’envergure sont en préparation, notamment le glissement de l’Assurance maladie obligatoire vers les complémentaires santé, et la fusion entre le budget de la Sécurité sociale et celui de l’État : deux projets chéris par le patronat !
Si nous constatons des difficultés de compréhension de la part des usager.e.s, sur le fondement de notre système hospitalier financé par la Sécurité sociale et au-delà de notre système de santé, il devient incompréhensible que notre parti ne se saisisse pas de cette profonde inquiétude populaire quant à la difficulté croissante de pouvoir simplement se soigner, d’être pris en charge correctement (en maternité, aux urgences, en psychiatrie… !) de la naissance à la mort.
Notre silence actuel serait-il résignation devant la gravité de la crise sanitaire ?
Pouvons-nous nous contenter d’une modeste soirée, à l’occasion du 80ème anniversaire de la Sécurité sociale et « passer à autre chose », sans aucune perspective de bataille politique structurée ?
Pourtant, les potentialités ne manquent pas : pas un jour sans une action locale pour préserver, ici un service d’urgence, là une maternité, et plus prégnante encore la mobilisation des professionnel.le.s de la psychiatrie
Les syndicats, les associations, forces vives des mobilisations, représentent bien le socle souhaité du rassemblement populaire que nous appelons de nos vœux depuis tant d’années.
Notre Parti est le seul à porter de véritables propositions de reconstruction d’un système de santé public, en lien avec cette magnifique avancée qu’a été la Sécurité sociale et que le capital veut détruire.
Faire vivre notre proposition de 100 % santé Sécu, aujourd’hui reprise par le mouvement syndical et social, c’est donner à voir un projet progressiste et émancipateur pour toutes et tous, contre la paupérisation du plus grand nombre et la financiarisation de toute la protection sociale. Ce projet comporte la création d’un pôle public du médicament afin de réduire la dépendance aux thérapies innovantes, importées à 95%. Leur besoin, exponentiel, exige le développement de la recherche médicale, de leur production, pour garantir leur accès à tous les patients concernés. Il sera créé à partir des services publics existants LFB, EFS, AP-HP,,,
Alors que les tenants du capital veulent faire de la Sécurité sociale un simple « filet de sécurité », face aux aléas du marché (et non des aléas de la vie !), les communistes doivent se saisir de la Sécu pour en faire un axe essentiel d’un développement socialement efficace et d’un nouveau type de croissance. Notre originalité, et pertinence politique basées sur nos propositions de financement développant la cotisation sociale (contribution des revenus financiers des entreprises, modulation à la hausse du taux de cotisation patronale selon la politique d’emploi et de formation de l’entreprise), permettant la suppression de la CSG et des exonérations de cotisation sociale, nous distinguent des approches socio-démocrates des autres forces de gauches. Elles sont, intrinsèquement le ciment d’un rassemblement authentiquement révolutionnaire pour inverser le cours des choses !
Cette approche politique qui devrait être la nôtre et qui redimensionne toute notre conception des besoins sociaux, en l’occurrence la santé, est indissociable d’un acharnement à toute épreuve pour faire vivre la démocratie sociale.
Au-delà de la bataille à organiser pour le retour à des élections à des conseils d’administration élargis, il s’agit de faire vivre la démocratie, à partir de l’expression des besoins, dans les territoires, les départements, les régions et faire corps avec les aspirations, les attentes des usager.es- citoyen.ne.s, les syndicats, les professionnel.le.s. C’est un type nouveau de société à donner à voir, à partir de l’intervention agissante des premier.e.s interessé.e.s.
1.1.4 Une refonte écologique et culturelle
de la production et de la consommation
La nature devrait être un bien commun de l’humanité tout entière au lieu d’être marchandisée, voire parfois privatisée. L’enjeu écologique renforce nos combats. Bien loin de les décentrer, il les élargit. Il confirme qu’il faut vraiment changer le mode de production et de consommation, qu’il faut une véritable révolution. Il faut une révolution dans les rapports sociaux de production, jusqu’aux techniques de production, une révolution de la répartition et de la consommation, et une révolution des pouvoirs et de la culture.
L’effondrement industriel de notre pays, à 9,84% du PIB fin 2024, avec les fermetures d’entreprises et les licenciements économiques qui se poursuivent, pose un grave problème de production de valeur ajoutée sur le territoire national. Une nouvelle industrialisation de notre pays est nécessaire pour en finir avec l’appauvrissement de ses habitants, de leurs services publics et de la Sécurité Sociale, pour faire face à l’urgence climatique et pour résister efficacement aux pressions des impérialismes, des multinationales et des marchés financiers. Elle mobilisera le potentiel de la révolution informationnelle, aujourd’hui perverti par les multinationales, au service d’une nouvelle efficacité écologique et économique donnant la priorité au développement de l’emploi et des qualifications. Elle reposera sur des droits d’intervention nouveaux pour les populations et les salariés sur les choix de gestion, et sur l’utilisation des leviers d’intervention publique à l’appui de nouveaux critères de production, d’embauches, de recherche, d’investissements. Enfin, cela exige de s’appuyer sur une électricité à bas coût impliquant une révision profonde des obligations imposées à EDF, dont la politique de soutien aux énergies renouvelables.
Services publics et entreprises sont au cœur de l’enjeu écologique : service public de l’écologie, mais aussi de la santé ou de la recherche ou du financement, mais aussi entreprises productives industrielles, de commerce et de services, avec de nouveaux critères de gestion (donc de production et de localisation), banques (avec de nouveaux critères d’investissement et de financement). Nous pouvons faire converger des forces du « dedans » et du « dehors » de l’entreprise, à partir du double enjeu social et écologique qui se rejoignent contre la domination du capital, les critères de rentabilité financière, l’austérité et le système de pouvoirs. L’agriculture est aussi concernée, elle qui est de plus en plus pénétrée par le capital, ses critères et le rapport salarial capitaliste.
De nouvelles conquêtes sociales et écologiques doivent être gagnées par des batailles concrètes sur tous les sujets. C’est une bataille idéologique structurante, pour donner à voir la nouvelle société que nous voulons construire. Le travail engagé avec le Plan Climat doit être poursuivi dans ce sens. De même, les avancées récentes des réflexions du Parti sur la place de l’agriculture dans un projet de refonte écologique et sociale des doivent être prises en compte.
1.2 Des pouvoirs, droits et libertés nouveaux
La conquête d’une égalité réelle pour toutes et tous, émancipée des origines assignées, des discriminations liées à l’âge, au genre, à l’orientation sexuelle, à la catégorie sociale, à l’apparence physique, au handicap, doit être instaurée et affirmée en donnant les mêmes droits à chacune et à chacun, dans une égale dignité de participation et d’intervention. La politique des boucs émissaires, des relégations territoriales, de l’incitation au racisme et de la stigmatisation masque les vrais problèmes et les entretient. Cela appelle tout à la fois un effort culturel, un effort démocratique, une justice réaffirmée, une autre police et un nouvel âge des services publics. Par exemple, la défense d’un service public fort de la justice prud’homale est un enjeu démocratique et social majeur. Les conseils de prud’hommes, historiquement élus, assurent une justice proche des réalités du travail. La suppression des élections a affaibli leur légitimité et éloigné les salarié·es de cet outil. Rétablir ces élections contribuerait à redonner la parole au monde du travail et à renforcer la représentativité et la défense des droits face aux employeurs.
La démocratie participative et d’intervention doit devenir un principe actif, un impératif des politiques publiques, avec de réels moyens d’intervention directe des citoyennes et des citoyens. Elle suppose la création de nouveaux pouvoirs, un essor considérable des libertés et la conquête d’une égalité effective, en faisant en sorte que chacun dispose des moyens nécessaires à son accomplissement. Le rôle des salarié·e·s dans l’entreprise et des populations concernées doit prédominer, au lieu du monopole du capital et de ses représentants. Cet enjeu est au cœur de la lutte de classes d’aujourd’hui. Il s’agit de transformer les gestions d’entreprises pour leur faire assumer un but d’efficacité sociale, territoriale et écologique. Il faut aussi de nouvelles institutions permettant l’intervention populaire à tous les niveaux (des collectivités territoriales à l’État) pour une nouvelle République allant de pair avec une nouvelle construction européenne.
Cela implique de permettre à toutes et tous de comprendre le monde pour le transformer, de s’approprier des savoirs complexes et de construire une culture commune de haut niveau grâce à des services publics de l’éducation, de la formation et de la culture renforcés et profondément transformés.
1.3 Des moyens financiers
1.3.1 Émanciper société et économie des marchés financiers
L’argent et la monnaie sont l’instrument majeur de la domination du capital sur l’économie et la société. Un projet communiste doit promouvoir par la lutte un système de financement radicalement différent. Les marchés financiers, les grands actionnaires et le grand patronat imposent une logique de financement et de gestion qui soumet les entreprises à la domination du capital. Pour imposer une tout autre logique, nous voulons prendre le pouvoir sur l’utilisation de l’argent des entreprises (profits), de l’État (fond publics), des banques (crédit), des assurances (épargne). Au lieu de servir les profits, le coût du capital, l’évasion fiscale, cet argent doit financer les investissements efficaces, l’emploi, la formation, la recherche, l’écologie, l’égalité femmes-hommes, etc. Il doit aussi financer les services publics dans les territoires au lieu de laisser la dette publique sous la coupe des marchés financiers. Cet axe de transformation concerne tous les niveaux d’intervention : régional, national, européen et mondial.
Outre les fronts que les luttes et l’actualité imposent, nous proposons que le congrès décide d’une campagne permanente pour une autre utilisation de l’argent. Nous voulons faire grandir la contestation radicale des critères de rentabilité imposés par le patronat, les actionnaires, les banques et les marchés financiers, en leur opposant le besoin d’une autre utilisation de l’argent pour l’emploi, la formation, la création de richesses dans les territoires, la satisfaction des revendications sociales et des besoins écologiques.
Trois chantiers de cette campagne sur l’utilisation de l’argent nous semblent prioritaires :
- la bataille budgétaire contre l’austérité, pour un fonds d’avance de 500 Md€ pour le budget national, à 0 %, mobilisant le pôle public bancaire et financier français, pour développer les dépenses d’emploi et de formation dans les services publics et leurs infrastructures ;
- la bataille pour un Fonds européen solidaire pour les services publics, financé par la création monétaire de la BCE, pour financer à 0 % les dépenses des États nationaux développant les services publics ; elle pourrait dans un premier temps commencer par une campagne nationale pour des pré-recrutements massifs assortis d’une période de formation à l’hôpital, dans l’Éducation nationale, dans la recherche publique, dans les transports, dans l’énergie, dans la justice, la police, etc.
- la bataille pour développer la cotisation sociale et le financement de la Sécurité sociale, en créant une cotisation sociale additionnelle sur les revenus financiers des entreprises et en instaurant une modulation des cotisations sociales employeurs à la hausse pour les entreprises qui s’attaquent à l’emploi, aux salaires et aux dépenses de formation.
- En parallèle, la nouvelle direction nationale a pour charge de mettre en place deux dispositifs et de les faire vivre, en associant militants et élus : une cellule de veille et de contact sur les aides publiques aux entreprises, et une cellule de veille, d’alerte et d’aide à la riposte face aux suppressions d’emplois et d’entreprises.
De telles batailles dans une stratégie du PCF comme vecteur du rassemblement et de l’unité populaire contribueraient à construire le socle nécessaire au redressement de notre influence et de nos forces organisées. Elles doivent permettre de mobiliser conjointement militantes et militants, à l’entreprise et dans les localités, et élu·e·s communistes, dans la diversité de leurs rôles respectifs et des moments politiques.
