Rassembler pour gagner la bataille contre le capital

  • Auteur/autrice de la publication :
  • Post category:Les textes
  • Commentaires de la publication :0 commentaire

1.1    Rassembler le salariat et, avec lui, toutes celles et tous ceux dont le capital écrase les vies et compromet l’avenir

Dès lors que notre projet s’incarne dans une action politique pour ouvrir une issue à la crise de civilisation telle qu’elle affecte la vie de nos concitoyennes et concitoyens dans le monde d’aujourd’hui, une question se pose, celle des forces sociales capables d’imposer sa réalisation.

La classe ouvrière proprement dite – celles et ceux qui produisent des marchandises en transformant la nature par leur travail – représente une part importante du salariat moderne mais ce sont surtout les autres couches salariées qui se sont accrues en nombre : employés, techniciens, ingénieurs, cadres, dont les contributions à la création de richesses, pour être moins directes, ne sont pas moins décisives dans les sociétés contemporaines.

Les formes actuelles de la lutte des classes portent la marque de deux transformations majeures qui ont affecté nos sociétés depuis cinquante ans. La première résulte de la crise de suraccumulation durable à laquelle ont cherché à répondre en catastrophe différentes formes de dévalorisation de capital. Les grandes concentrations ouvrières du milieu du XXe siècle ont été remplacées par des réseaux instables et mondialisés de grands groupes industriels et de services, fortement dépendants des marchés financiers, et tenant dans leur propre dépendance des tissus de sous-traitants dont les salariés connaissent des statuts plus ou moins précaires, conçus pour briser les solidarités qui avaient fait la force des syndicats et des partis de gauche pendant l’essor du capitalisme monopoliste d’État.

La deuxième source de transformation dans les rapports de classes réside dans la révolution technologique informationnelle. Après le remplacement massif de la main des travailleurs et des travailleuses par les machines-outils, trait distinctif de l’essor conjoint de la révolution industrielle et du capitalisme, ce sont maintenant certaines opérations de l’esprit humain que des machines viennent remplacer. Désormais, produire, c’est toujours agir sur la matière pour la transformer, mais c’est, de façon prépondérante, et pour le plus clair du temps d’une majorité des travailleurs, agir sur des informations. Il y a là un potentiel révolutionnaire énorme, car les capacités humaines tendent à devenir décisives.

La crise actuelle tend à la fois à diviser les différentes catégories de salariés, et à les soumettre à des sorts semblables. D’une part en précarisant, en pressurant, jusqu’aux agents des services publics (soignant.e.s, enseignant.e.s, chercheur.se.s), en mettant en insécurité les travailleurs « sans papier » faute de de régularisation, et enprolétarisant jusqu’aux cadres malgré l’accès à certaines parcelles du pouvoir économique que leur donne leur statut. D’autre part, en accroissant le besoin de formation tout au long de la vie jusque pour les catégories d’ouvriers et d’employés antérieurement considérées comme les moins qualifiées. Dans toutes les couches du salariat se cherche une capacité nouvelle à contester concrètement les logiques capitalistes dans les gestions d’entreprises, avec de nouveaux critères d’efficacité économique, sociale et écologique, et une capacité à articuler cette contestation à celle des dominations liées au genre ou à l’origine géographique, nationale, ou culturelle.

Le capital, en tant que classe, domine et aliène le développement de toute la société et de toutes les catégories sociales. Il s’oppose à leur plein développement, émancipé. Sa domination se traduit dans les coûts qu’il fait supporter à la société, dans ses pouvoirs et dans sa logique de rentabilisation financière, qui est de ramener tout à une valeur marchande à rentabiliser. Ce faisant, il travaille l’intégration de multiples couches sociales, depuis les cadres supérieurs, qu’il tente de rendre dépendant des revenus financiers, jusqu’aux auto-entrepreneurs, en passant par tout le travail d’intégration des salariés à son idéologie et le développement mondial des fonds de pension à partir de l’épargne des salariés.

Réunir ces différentes « fractions » est une bataille politique concrète, engageant au premier chef la responsabilité d’un parti révolutionnaire, dans un affrontement contre tout ce que fait le capital pour entretenir les divisions. A ce titre, il faut une régularisation globale des travailleurs sans papiers sur simple preuve de la relation au travail. Un titre de séjour doit autoriser le travail aux demandeurs d’asile pendant la période d’instruction de leur dossier pour sortir ces citoyens de la précarité extrême et indigne, livrés à la surexploitation capitaliste. Leur parcours professionnel doit être sécurisé en lien avec notre proposition de sécurité d’emploi et de formation. Un apport communiste pour fonder l’unité à gauche sur un projet transformateur

Nous voulons transformer radicalement la société. Pour cela, nous conjuguons luttes et action dans les institutions, concertations entre intéressés et mise en pratique de projets transformateurs, résistance et construction, rapport de forces social et d’idées, avec construction politique. Nous le faisons sans nous enfermer dans les institutions, sans les contourner non plus. Et nous voulons changer les institutions.

Notre présence dans les institutions a pour unique objet de faire avancer les transformations sociales, d’y faire avancer tout ce qui peut avancer. Lorsque nous y sommes minoritaires, elle est aussi un moyen de porter une parole et de faire connaître nos idées, notre projet, comme dans une chambre de résonance. Elle a aussi pour but de résister aux mauvais coups et de les révéler, voire de révéler les positions de nos adversaires. Chaque fois que nous pouvons construire des majorités qui permettent des transformations nous nous y attelons. Elles peuvent montrer, notamment dans les collectivités où nous avons la responsabilité de gérer, la pertinence du projet communiste et de notre gestion. En cela notre présence, quelle que soit sa forme, doit viser à faire avancer la bataille d’idées.

C’est pour tout cet ensemble de raisons que nous nous présentons aux élections. Les campagnes électorales sont elles-mêmes un temps fort de la bataille d’idées à laquelle nous affirmons qu’il est indispensable que nous participions. Encore plus pour les élections présidentielles, car elles sont profondément structurantes du rapport de forces politique de notre pays.

Cela nous conduit à mener de front présence communiste et politique d’union, de rassemblement.

1.2 Un rassemblement à la fois populaire et de forces politiques.

La gauche est capable de créer une dynamique de changement, comme elle l’a montré dans notre histoire, avec les grandes conquêtes de 1936 et de la Libération en 1944-46. Elle est aussi capable d’échouer dans son ambition de transformation, même avec un élan populaire comme en 1981 ou en 1997-2002, voire d’y renoncer comme avec François Hollande en 2012-2017. Mais ses valeurs de progrès, son ancrage au syndicalisme et dans le mouvement social et ouvrier, son humanisme et son internationalisme font qu’elle a été encore été capable de créer une dynamique inespérée empêchant en 2024 le RN d’obtenir la majorité à l’Assemblée nationale. De même, aux récentes élections municipales, des alliances sur une base claire ont pu, dans un certain nombre de cas, mettre en échec le RN et la droite réactionnaire.

Mais la faiblesse de la gauche et l’espace électoral occupé par l’extrême-droite obèrent grandement les perspectives de réponse positive aux souffrances et aux colères de nos concitoyennes et concitoyens. Pour sortir de l’impasse, l’expérience a prouvé qu’il ne suffit pas de dénoncer le danger de l’extrême-droite, ni de démasquer la démagogie du Rassemblement National.

Il faut proposer une perspective politique ancrée dans les luttes, qui, en retour, leur donne la force et la confiance nécessaires pour l’emporter sur le capital. Cette perspective ne peut pas être la répétition des expériences de 1981, 1997, encore moins de 2012. Leur échec, tout particulièrement face aux questions économiques, au « mur de l’argent », a fortement contribué à l’ascension de l’extrême-droite. La gauche doit renouveler profondément son logiciel, dépasser la coupure entre la gestion des entreprises et de l’économie, abandonnée au capital, et une action de l’État réduite à une correction des excès du capitalisme, de moins en moins efficace à mesure que la crise s’approfondit.

C’est au prix de cet effort qu’elle pourra être à la hauteur de l’attachement à la démocratie et à l’unité qui demeure profondément ancré dans notre peuple.

Favoriser cet effort de renouvellement de la gauche, le faire réussir pour qu’elle s’en prenne « à la racine » des difficultés, est de la responsabilité du Parti communiste. Sa bataille d’idées mais aussi son engagement dans l’action, dans les luttes sociales, dans les mobilisations pour l’égalité, contre les discriminations, pour la paix et la fraternité entre peuples. Car c’est dans l’action que les rapports de forces se construisent, que les consciences progressent, que les divisions se surmontent.

Affronter les échéances électorales de 2027, c’est donc engager dès à présent les débats et les luttes sur les grandes exigences sociales et écologiques incontournables, ainsi que sur les moyens financiers et pouvoirs indispensables à la réponse à ces exigences. Cela va de pair avec une bataille politique publique sur ce qui devrait figurer dans un programme de gouvernement pour 2027.

1.3    Affirmer la présence du projet communiste
dans les batailles électorales de 2027

Pour y parvenir, nous avons besoin que « les gens », que le mouvement social, que le mouvement des idées, s’emparent de ces idées transformatrices. C’est le sens d’une candidature communiste à l’élection présidentielle de 2027 : une candidature porteuse d’un programme en phase avec le projet communiste, avec l’ambition d’inscrire les batailles d’aujourd’hui dans le mouvement d’une société où doivent commencer à prédominer les capacités humaines, le vivant, la démocratie et non le capital, l’accumulation et les monopoles. Ce que nous appelons le début d’une transition socialiste.

Cette candidature sera un levier pour réveiller l’espoir à gauche et dans les mouvements sociaux, et pour faire naître une dynamique politique nouvelle

Il nous faut avancer, en parallèle, débat public, luttes et discussions de travail avec tous nos partenaires à gauche, voire avec le mouvement syndical qui a été partie prenante du NFP. Ce ne sera pas facile, mais il n’est pas d’autre voie. Cela concerne aussi bien la campagne présidentielle de 2027 que les élections législatives qui sont susceptibles de lui succéder. Une éventuelle négociation législative ne peut intervenir qu’après un travail avec nos partenaires sur des éléments communs de programme. Elle doit permettre à nos candidates et candidats à ces élections législatives de porter cette dynamique sur l’ensemble du territoire, contrairement à ce qui s’est produit aux deux précédentes élections législatives.

Toutes les dispositions seront prises pour que les communistes aient de bout en bout la maîtrise de cette séquence électorale.

Une conférence nationale, à l’automne, désignera notre candidate ou notre candidat à l’élection présidentielle, et fixera les grandes orientations de son programme. Une seconde, au début de l’année 2027, évaluera les effets de la dynamique que nous aurons créée et décidera des moyens à mobiliser pour favoriser au maximum le développement de cette dynamique compte tenu des risques et des opportunités qui se manifesteront à ce moment politique.

C’est ainsi que nous pourrons conjuguer l’indispensable apport communiste et l’esprit de responsabilité qui est le nôtre face au danger tangible d’accès de l’extrême-droite au pouvoir exécutif. C’est ainsi que nous préparerons tout à la fois les deux éventualités : résistance et construction.

Laisser un commentaire