L’impérialisme américain porte les guerres partout, embrase le Proche-Orient. Il fait peser sur toute la planète la menace d’une destruction massive. Où nous entraînent le carnage sur le front ukrainien depuis la tentative d’invasion par la Russie, le génocide perpétré en toute impunité contre le peuple palestinien, l’agression tous azimuts de l’administration Trump, le suivisme, dans une course frénétique au surarmement, des dirigeants allemands, britanniques et français ? Multipliant les pressions commerciales, déployant des revendications territoriales, ne se souciant pas des ravages écologiques du capitalisme, Trump saborde le multilatéralisme et le droit international dans une fuite en avant pour consolider une hégémonie en crise et de plus en plus contestée.
Son agressivité vient de loin, de la crise systémique où la civilisation capitaliste et libérale occidentale dominant le monde entier se débat depuis un demi-siècle. L’humanité est-elle encore en état de relever le défi climatique ? L’intelligence artificielle va-t-elle tuer l’intelligence tout court ? Peut-on en finir avec la pauvreté, le chômage de masse, la précarité, l’insuffisance de formation ? Quand s’arrêtera l’asphyxie financière de nos services publics et de notre protection sociale ?
Dans cette crise, une nouvelle civilisation de toute l’humanité se cherche, émancipée de l’exploitation capitaliste et de toutes les dominations. Comment contribuer à l’irruption des peuples pour imposer son avènement ?
Notre peuple affronte la tourmente avec une économie affaiblie et un régime politique en crise. Des « gilets jaunes » au mouvement qui a rassemblé des millions de nos concitoyennes et concitoyens contre la réforme des retraites, les luttes des soignant.e.s et jusque dans les luttes d’aujourd’hui dans l’industrie et les services, la résistance sociale a fait la preuve de sa vitalité. Mais, en l’absence d’alternative politique crédible, elle peine à endiguer les assauts de Macron et du patronat contre l’emploi, contre la Sécurité sociale et contre les services publics.
La perte de confiance des citoyennes et citoyens dans les institutions représentatives et la démocratie délégataire témoignent de ce que l’État de la Cinquième République est lui-même en crise profonde. Une forte aspiration s’exprime, dans toute la société, à dépasser les délégations de pouvoir constitutives du libéralisme, vers une démocratie autogestionnaire. Mais, faute d’une prise en compte de ces exigences, y compris à gauche, les colères et les angoisses nourrissent l’ascension d’une extrême-droite qui n’a rien renié de son héritage fasciste, pétainiste et colonialiste, et qui noue des collusions de plus en plus évidentes avec la droite traditionnelle. Pourtant, notre peuple a trouvé en lui-même des ressources, aux législatives de 2024, pour barrer la route de Matignon à Bardella en imposant la constitution du Nouveau Front populaire et, aux dernières élections municipales, pour contenir jusqu’à un certain point la poussée du RN.
Il est donc possible de résister et, pour résister, de prendre le projet communiste comme boussole pour analyser les contradictions du monde contemporain et pour contribuer à l’action et au rassemblement de toutes ces forces dans l’action contre la domination du capital et le néolibéralisme.
Notre Parti sera-t-il à la hauteur des périls et des moyens à mobiliser pour les conjurer ? Notre quarantième congrès doit regarder en face les rendez-vous que nous avons partiellement/finalement manqués depuis les deux précédents congrès, et en tirer les conséquences dans la bataille d’idées, dans nos choix stratégiques et dans la vie de notre organisation.
Depuis le 39ème congrès, tout se passe comme si l’ambition d’une transformation radicale de la société, qui est la raison d’être du Parti communiste, était mise de côté au nom d’une stratégie visant avant tout à la préservation de positions électorales dans le cadre d’une Vème République en état avancé de pourrissement. Or cette stratégie a rencontré des échecs répétés.
Ainsi, au lieu de mettre en avant notre projet pour des retraites dignes du XXIe siècle, le discours officiel du Parti s’est rallié à la seule revendication du retrait de l’augmentation de la durée des cotisations. Au nom de l’unité du mouvement, cette posture a au contraire mis notre discours en contradiction avec la revendication phare de la retraite à 60 ans à taux plein, pourtant portée jusqu’au bout par la CGT. Elle a laissé perdurer les craintes sur le financement du système, inhibant la lutte au lieu de porter audacieusement nos propositions de réforme. Elle n’a pas contribué à mettre en échec le projet Macron, ni à déjouer les manœuvres du pouvoir lorsqu’il a présenté le report partiel de la réforme comme une façon de satisfaire les attentes populaires.
Plus problématique encore, la sécurité d’emploi ou de formation, proposition centrale, au cœur de notre projet de société, pour le dépassement du marché du travail et pour en finir graduellement avec le chômage et la précarité, a été l’angle mort d’une campagne prévue sur l’emploi et sur notre projet communiste en lien avec les luttes, que les communistes ne sont pas appropriée, dès lors qu’elle devenait une campagne affirmant simplement le besoin d’industrie et de services publics. Au lieu de faire valoir la radicalité et le réalisme du projet communiste, seul à avoir l’audace de s’attaquer au capital jusque dans ses principaux bastions, les entreprises et les banques.
De fait, malgré les dispositions prises depuis le 38ème congrès pour redonner un élan à l’implantation du PCF sur les lieux de travail, notre présence dans les entreprises continue de se heurter à des difficultés liées à l’absence d’une prise en compte de cet objectif comme enjeu central de notre action politique.
Cette action a en effet été focalisée comme jamais auparavant sur les campagnes électorales. Mais les résultats n’ont pas été à la hauteur de l’exceptionnelle énergie militante que les communistes y ont déployée.
En 2024, la campagne des européennes est restée polarisée sur la « souveraineté de la France », réduite à l’État au risque de nous faire confondre avec les « souverainistes », en rupture par rapport à nos choix de congrès pour une construction européenne porteuse des intérêts communs des peuples européens face aux défis sociaux, climatiques et démocratiques. La proposition concrète d’un « Fonds européen de développement des services publics » financé par la BCE, pourtant inscrite dans les textes du 39ème congrès et de notre « Conférence européenne » n’a pas été portée médiatiquement, pas plus que nos propositions sur l’OMC et le FMI pour résister à l’hégémonie états-unienne aux côtés du Sud global avec cette grande idée novatrice d’une monnaie commune mondiale de coopération alternative au dollar. Le résultat final de l’élection a cruellement mis en lumière l’échec de ces options. Plus que jamais, les principes de coopération et un internationalisme pratique, fait de luttes communes, doivent fonder nos engagements.
Quelques constats et enseignements des élection municipales qui viennent d’avoir lieu.
Trois constats, d’abord. Le premier constat, c’est l’importance de l’abstention, particulièrement pour une élection municipale. Elle montre l’approfondissement de la crise politique et de la démocratie représentative. Le second constat, c’est la grande diversité des situations. Le troisième constat, c’est la montée de l’extrême-droite, et une porosité nouvelle entre son électorat et celui de la droite.
Un enseignement important de ces élections, à ce stade, est que nous sommes capables de résister à la montée du RN. Nous et la gauche. A partir d’une union r dans la clarté.
Mais, second enseignement, le poids de la gauche est insuffisant électoralement et insuffisant en termes de clarté de contenu.
Les campagnes et batailles locales ont été de bonne qualité, avec un engagement intense des militants communistes.
Mais il y a de grandes questions nationales qui taraudent la population. Elles jouent un rôle important dans les consciences. Et à juste titre. Au premier rang desquelles le budget national d’austérité renforcée, sa traduction sur les politiques publiques locales, et la question des retraites. Il fallait porter la contestation, alliée à des propositions alternatives crédibles parce que fortes, identifiables, communistes.
Une telle bataille nationale a manqué. Une ligne de lutte et d’alternative est une façon de mobiliser les énergies, mais c’est aussi notre conception des communes : des mairies et des élus de lutte.
Alors, il a été dit « certains ont nationalisé l’élection », comme un reproche. Cela dépend de ce qu’on entend par là. Il fallait, en parallèle de la campagne de qualité, menée par les communistes et par nos candidats, une bataille nationale politique sur le fond :
- austérité, communes et besoins sociaux,
- la grande question de l’emploi, avec au cœur le rôle des entreprises et de l’utilisation de l’argent,
- le besoin d’alternative sur les pouvoirs, et de conquête de nouveaux pouvoirs.
Au total, la direction nationale avait la responsabilité d’aider à déverrouiller la chape de plomb qui pèse dans les consciences sur les responsabilités de la situation (nourrissant la désignation de boucs émissaires) et sur la question des moyens financiers comme des pouvoirs nouveaux à conquérir si l’on veut répondre aux exigences sociales populaires.
Cette contestation contre l’austérité et ce lien aux questions des moyens financiers et des pouvoirs a grandement manqué, et nous devons nous interroger sur ce qu’il convient de faire pour qu’elle devienne une priorité dans notre activité nationale et dans la bataille d’idées que nous menons.
